Pour Simone, le refuge est dans l'autre

Pour Simone, le refuge est dans l'autre
05/03/2017

Simone connaissait peu de chose du Kurdistan. Sa rencontre avec de jeunes réfugiés lui a donné à découvrir autant qu'à faire découvrir.

 

Ses protégés lui ont donné un surnom : Simone Palawan, soit Simone la battante en kurde. " Quand il s'agit de se battre pour les autres, c'est vrai que j'ai un petit côté pitbull ", reconnaît l'ancienne institutrice. Il n'est pas nécessaire de passer beaucoup de temps avec Simone Gorsic pour constater d'un seul bloc de granit creusois et républicain. Enfance à Crozant, où elle est revenue vivre  en 2001, début de carrière dans une école de la cité des 4.000, à la Courneuve. " J'ai ensuite été formatrice à l'IUFM de Blois ", complète-t-elle.

 

Une tradition d'accueil

 

Dehors, la Creuse ruisselle, il y a un âne curieux derrière la maison de pierres et des oies indifférentes qui se dandinent devant les grandes baies de la pièce à vivre. Abbas, né à Suleymaniye (Kurdistan irakieb), a 31 ans et est le plus agé des élèves de Simone. Il sert le thé près du poêle. L'hiver dernier, ce diplômé en argonomie et en comptabilité survivait dans le jungle de Calais. Chez Simone Palawan, Abbas est à l'aise, il est invité régulièrement. Cette hospitalité est naturelle pour la retraité de 71 ans : " Je suis née à la fin de la guerre. Le maire de Crozant avait des principes humaniste et était d'une grande droiture. La commune a accueilli des réfugiés du nord de la France et des enfants juifs durant l'Occupation ".

Simone ne s'étonne donc pas d'avoir pu entraîner nombre d'amis crozantais dans son sillage :  " Avant de sonner des cours de français aux migrants à Guéret, j'étais déjà bénévole dans des associations locales. J'ai activé ce réseau d'entraide ".

Un Belge vivant à Crozant prête même son studio parisien pour les démarches : On ne se rend pas compte mais ils doivent se rendre au siège de l'office français des réfugiés et apatrides (Ofpra) de Fontenay-sous-Boiis, à leurs frais ".

L'ancienne institutrice est consciente que les liensnoués avec ce groupe de jeunes Kurdes et singulièrement avec Abbas, n'est pas reproductible a l'infini. " Comme n'importe quelle relation humaine, c'est une rencontre ", explique t-elle. D'autres profs recrutés dans l'urgence par le Secours populaire de la Creuse (SPF) pour apprendre le français aux jeunes " Calaisiens ", see sont laissés aussi déborder par l'affectif.

Abbas a été débouté du droit d'asile en première instance. Il a choisi de ne pas prendre la poudre d'escampette mais plutôt de courir assez vite pour saisir sa chance en France : " Je suis licencié au club de Glénic sports nature ", affiche ce sportif, qui est au début de nombreuses courses creusoises. En semaine, Abbas est bénévole à la Banque alimentaire. Grâce au " bain culturel " que lui offrent Simone et sa troupe de retraités, ses progrès en français sont réguliers. Simone " Palawan est consciente que pour qu'un processus d'integration s'enclenche : " Il faut les aider dans toutes les démarches administratives. Heureusement, on tombe sur des gens comprehensifs dans les services ! "

C'est une histoire de générosité mais aussi un échange profond. Il y a certes Abbas le déraciné d'un côté, mais de l'autre il y a Simone dont les efants vivent loin. Et puis il y a l'"absent", Franck, son mari d'origine slovène, disparu à l'automne 2015. C'est lorsqu'elle a apporté les vêtements du disparu au SPF que tout s'est enclenché. Simone a également perdu prématurement l'un de ses fils. La chaleur humaine circule dans les deux sens : " J'ai beaucoup appris avec eux, s'émerveille l'institutrice. J'admire leur force, leur capacité a garder le sourire en dépit des épreuves qu'ils ont traversées et l'incertitude qui pèse sur leur destinée ".

Elle espère découvrir un jour le Kurdistan : " J'aimerais qu'Abbas, Pacha, Zana et Kalid puissent retourner dans un pays en paix, uni, libre, et y apporter l'expérience qu'ils auront acquise en France.

 

L'humanitaire en renfort pour intégrer

 

Services de l'Etat et Comité d'accueil creusois (sui gère le centre d'accueil des demandeurs d'asile de Guéret) ont dû faire face à l'arrivée de 96 demandeurs d'asile à Guéret entre 2015 et 2016. 48 sont restés. L'Etat leur assure le gîte et une allocation d'environ 150€ par mois, ainsi que la couverture médicale universelle. D'emblée, le Secours populaire (et d'autres associations) ont installé les conditions d'un début d'intégration, avec notamenent ces cours de français. Le destin des demandeurs d'asile reste suspendu à l'obtention du statut de réfugié politique. Deux jeunes Kurdes, Pacha et Zana, l'ont obtenu. Abbas et Kalid ont été recalés : " Kalid est partit tenter sa chance loin de Guéret. Les nouvelles sont bonnes ", sourit Simone, énigmatique.